Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots

Publié le par Ren

 

Attendu non seulement par tous les fans de la saga mais aussi par tous les possesseurs de PS3 désireux de voir arriver le premier system seller de la machine, "Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots" est passé au crible à chaque nouvelle présentation. Le dernier trailer en date révélant l'existence du "Beauty and the Beast Unit" a provoqué de vives réactions quant à la légitimité de tels adversaires sur le champ de bataille. Certains reconnaissent la patte caractéristique d'Hideo Kojima, d'autres crient à la trahison.

Il faut dire que là où le trailer diffusé à l'E3 2006 laissait augurer d'un épisode s'inscrivant dans la réalité, cette nouvelle vidéo opère un revirement total et nous emmène sur les sentiers du fantastique. On pourrait
penser , à l'heure où les coûts de développements explosent et que l'exclusivité du titre a été réaffirmée, que le design de ces nouveaux boss a été conçu pour plaire en priorité à un public américain réprésentant la plus importante source d'acheteurs au monde de la série. Cependant, s'il est évident que l'inspiration graphique des membres de cette nouvelle unité emprunte beaucoup aux comics, il serait, en revanche, improbable de dire que sa présence ne s'inscrit pas dans la tradition de la série.

"Des Hommes ?"

Ainsi, depuis le tout premier épisode sorti sur MSX en 1987, les craintes et la méfiance qu'éprouve Hideo Kojima à l'égard des conflits armés se font ressentir. Au centre de ses préoccupations figurent des thèmes tels que la futilité de la guerre, ses conséquences sur la nature humaine ainsi que la fiabilité de l'information. Cet antimilitarisme sincère et profond apparaît à travers l'idée même d'"Outer Heaven", une nation de mercenaires accumulant les armes de destruction massives afin de lutter contre les Etats qui trahissent leurs propres soldats. De même, on gardera en tête le prélude au final de "Sons of Liberty" dans lequel Kojima, après avoir démontré les conséquences de la manipulation des images et des soldats par les "ordres" et le conditionnement, s'adresse directement au joueur en lui faisant prendre conscience qu'il est peut être lui même manipulé, conditionné par le programme (tout comme l'a été Raiden avec les missions d'entraînement virtuelles).

Une autre peur récurente des Metal Gear Solid réside dans la menace nucléaire. Cette peur, ancrée au plus profond des japonais depuis les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, est représentée dans l'esprit de Kojima comme un tank bipède géant à forme humanoïde. Ainsi l'Homme demeure la plus grande menace. Au delà de cette simple ressemblance physique de la machine nous pouvons relever qu'elle ne possède pas de conscience propre est qu'elle est donc contrôlé par l'Homme. Si l'on n'a pas encore pu voir, l'apparition d'un metal gear dans les différentes bandes annonce du 4ème épisode, nous avons, par contre, eu tous le loisir d'admirer les GEKKOU en action. Or ces créatures, mélange improbable de jambes organiques et de tourelles d'acier, renvoient là encore un peu plus à l'image d'un être vivant.

"Non. Des bêtes."

Cependant, et c'est là un changement notable, bien qu'elles aient une forme humanoïde, elles s'apparentent davantage à des animaux de par leur gestuelle et le bruit qu'elles émettent, semblable à des mugissements.



C'est ici que l'on peut retrouver une analogie avec le "Beauty and the Beast Unit". En effet, cette unité, aux noms rappelant d'anciens personnages de la série et membres de Foxhound, est composée de femmes qui, après avoir reçu un choc commotionnel trop important, n'ont eu d'autres choix pour faire face à la réalité de la guerre que de devenir elles-mêmes des machines de guerre. Leur apparence, bien que transformée, conserve une forme humaine (à l'exception de Crying Wolf). Toutefois, elles sont affublées d'attributs et de comportements animaliers. De même, la redoutable férocité avec laquelle elles agissent traduit l'impitoyabilité d'un grand prédateur. Cet aspect semble symboliser la remontée des instincts primaires sur le champ de bataille, transformant les Hommes en bêtes traquées et dévoilant leurs pulsions meurtrières ou leur instinct de survie. Il résulte de tout cela un certain cynisme puisque là où les machines se rapprochent de créatures vivantes de par leur constitution semi organiques, les Hommes, eux, se déshumanisent jusqu'à ressembler à des bêtes. En définitive, la guerre transfigure tout pour arriver à la seule fin futile d'une logique destructrice.

La présence des femmes.

Le choix d'un quatuor de femmes rappelle à quel point elles sont présentes dans l'oeuvre de Kojima. The Boss, Olga Gurlukovich, Eva ou bien encore Meryl Silverburgh; des femmes fortes aux caractères bien marqués, dont le charisme a déjà fait de l'ombre par le passé aux figures masculines de la série. La palme revenant à The Boss dont la présence éclipserait presque celle de Snake dans "Snake Eater".

En l'espèce, la composition essentiellement féminine de cette unité peut s'expliquer par la volonté de montrer les effets de la guerre sur les individus. Le contraste parait encore plus fort lorsque que l'on ne prend que des femmes dans la mesure où l'image douce et bienveillante de celles-ci laisse place à une sauvagerie que l'on aurait moins de mal à attribuer à des hommes.
Seulement voila, comme l'indique le trailer à sa toute fin, la guerre change quiconque en bêtes. Ce qui inclut les femmes et ce, même si, à la base, elles n'étaient que de simples civils.

Une prise de distance nécessaire avec la réalité.

Enfin, si la série des "Metal Gear Solid" dispose d'un ton grave et traite de sujets sérieux et engagés, il réside également dans cette oeuvre un côté fantastique et ludique. Des personnages comme Psycho Mantis ou Vamp en avaient déjà été la preuve. Aujourd'hui, c'est au tour du "Beauty
and The Beast Unit" de prendre la relève. En ce sens, la présence de cette unité n'est pas une trahison dans l'univers de la série mais elle permet à Hideo Kojima d'aborder, par le biais de paraboles, des thèmes délicats tout en éludant une éventuelle polémique qui, étant donné le climat actuel, aurait pu naître. C'est d'autant plus vrai que si les Metal Gear ont toujours traités de la guerre et de ses effets sur les soldats, ils ne se sont jamais, pour autant, situés en pleine zone de combat.

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Note
: Un ensemble de symptômes peut survenir à la suite d'un choc commotionnel. Assez fréquemment, les personnes victimes d'un tel traumatisme cranien présentent une instabilité nerveuse et peuvent avoir des troubles du comportement. Ce syndrome post-commotionnel pourrait expliquer le choix des substantifs précédant les noms de ces femmes, ceci étant tous liés à une humeur.
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